Rémy Rioux, Directeur général de l'AFD
Rémy Rioux est directeur général de l’AFD, établissement public dont la mission est de financer et d’accompagner le développement des pays du Sud et des Outre-mer français. Ancien élève de l’École normale supérieure, de Sciences Po et de l’École nationale d’administration, conseiller maître à la Cour des comptes, Rémy Rioux a débuté sa carrière à la Cour des comptes puis à la Direction générale du Trésor (DGT), où il a notamment œuvré à la Coopération avec les pays de la zone franc.

Les 75 ans de l'AFD

L’AFD vient de fêter ses 75 ans. Cet événement a été marqué par la signature d’une alliance avec la Caisse des Dépôts, la présentation d’un nouveau projet stratégique et une nouvelle image pour l’Agence. Un changement d’ère ? Entretien avec Rémy Rioux.

Rémy Rioux pour les 75 ans de l'AFD au Quai Branly

En juin dernier, vous aviez tracé un horizon ambitieux pour l’Agence. Où en est-on six mois plus tard ?

À mon arrivée à la tête de l’Agence, j’ai exprimé la volonté de construire une agence plus grande, plus partenariale, plus agile et innovante. C’est le mandat qui nous est confié aujourd’hui par les plus hautes autorités de l’État. Par le président de la République, qui a confirmé la croissance de nos engagements annuels de 8 à 12 milliards d'euros à horizon 2020 ;  par le Premier ministre et le gouvernement, qui nous ont exprimé leur confiance à l’occasion du Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement, le 30 novembre dernier ; et par le Parlement, qui est en train de voter pour nous des moyens supplémentaires.

Concrètement, la nouvelle AFD va faire plus pour le climat, défi majeur de ce siècle (de 3 à 5 milliards d’euros) ;  plus de dons, pour les pays les plus fragiles, avec une facilité de 100 millions d'euros par an pour agir dans les bassins de crise ; plus d’Outre-mer, avec un doublement de nos crédits pour investir dans ces formidables territoires d’innovation au cœur de la République et au plus près de nos partenaires du Sud ; investir des champs nouveaux que vient de nous confier le gouvernement comme la gouvernance, l'enseignement supérieur et la recherche ou encore les industries culturelles et créatives ; travailler davantage encore avec tous les acteurs du développement pour lutter contre la pauvreté, notamment non-souverains, qui représentent déjà 50 % de nos financements, que ce soit les ONG, le secteur privé, ou les collectivités, françaises et étrangères ; et faire plus de France, grâce à l’alliance avec la Caisse des Dépôts et Consignations, et parce que la pédagogie du développement auprès des Français fait partie de notre nouveau mandat.

Signature Alliance AFD CDC

En quoi la nouvelle stratégie de l’AFD est-elle en phase avec l’agenda international ? 

En 2015, la communauté internationale a fait entrer le développement dans une nouvelle ère. Des objectifs universels (les Objectifs de développement durable), plus de financements publics et privés (le sommet d’Addis-Abeba), des réseaux multi-acteurs et un cadre applicable à tous (à l’image de l’Accord de Paris) : l’aide publique au développement (APD) prend tout son sens dans cette nouvelle équation. Outil de solidarité, elle va prendre une ampleur, une utilité sociale et financière, une capacité à mobiliser que l'on ne mesure pas aujourd’hui.

Forte d’un mandat renouvelé, de moyens accrus, d’une mobilisation de nos partenaires et, de plus en plus, du soutien des Français, l’AFD va jouer pleinement son rôle dans cette nouvelle donne internationale. Continuer de faire vivre les valeurs de solidarité et de résistance qu’elle tire de ses origines, puisque nous sommes la plus ancienne institution de développement, créée à Londres en 1941 par le Général de Gaulle. Et, en même temps, être dans l’anticipation et l’innovation, en cherchant à devenir la plus jeune et la plus créative des banques de développement. Car le monde de l’aide au développement, en 2016, bourdonne d’activité. C’est une "ruche" où convergent des acteurs, des investisseurs, des chercheurs, des projets et d’où essaiment des solutions, dans les deux sens.

Nous venons de célébrer notre 75ème anniversaire par une semaine de réflexions et d’échanges, sur l’histoire de l’Agence, sur la théorie des communs et ses applications possibles pour le développement, sur les outre-mer, au cœur des enjeux de demain. Le 6 décembre, nous avons signé une charte d’alliance stratégique avec la Caisse des Dépôts et Consignations et réuni tous nos partenaires au musée du quai Branly en présence du président de la République. Cela nous donne de la force et de la fierté.

Justement, Pierre-René Lemas et vous avez signé une charte d’alliance stratégique avec la Caisse des Dépôts, à l’occasion de ces 75 ans, en présence du président de la République. Que va-t-elle changer ?

La Caisse des Dépôts a besoin d’une dimension internationale, et nous, d’un lien plus fort avec notre propre pays. Nous allons aligner nos stratégies, créer des instruments financiers communs, comme un fonds d’investissement pour les infrastructures en Afrique, et faire des échanges de personnels, ce qui ouvrira des parcours professionnels plus riches. La Caisse des Dépôts a un réseau fantastique en France, et nous un réseau international incroyable, dans 90 pays, que nous allons connecter.

« Un monde en commun »

Ce n’est pas encore « un monde commun ». Entre les deux, une petite préposition qui « en » dit long. Qui dit le chemin à parcourir. Qui dit le mouvement, l'effort, l'action. Qui pousse à accomplir les cinq grandes transitions dans lesquelles nous sommes tous engagés et qui déclinent la stratégie de l’AFD.

Rémy Rioux
« Un monde en commun » est la nouvelle devise de l’AFD. Que signifie-t-elle ?
« Un monde en commun », c’est ce que pensent les Français, éclairés et solidaires.

77 % d'entre eux considèrent que ce qui se passe au Sud aura des conséquences sur leur vie en France. 70 % d'entre eux soutiennent la politique de développement de notre pays et sont favorables au maintien ou à l’augmentation de ses moyens. En période de crise, c'est un message fort, qui nous honore et nous oblige.

« Un monde en commun », c’est aussi une façon de dire l'urgence d'inventer de nouveaux modèles économiques et de gouvernance pour préserver nos biens communs, ces ressources, locales ou globales, que ni l'Etat ni le marché ne pourront réguler seuls. La 12e Conférence internationale de l’AFD sur le développement a réuni chercheurs et praticiens de tous les continents pour en débattre à Paris les 1er et 2 décembre derniers.

« Un monde en commun », enfin, ce n’est pas encore « un monde commun ». Entre les deux, une petite préposition qui « en » dit long. Qui dit le chemin à parcourir. Qui dit le mouvement, l'effort, l'action. Qui pousse à accomplir les cinq grandes transitions dans lesquelles nous sommes tous engagés et qui déclinent la stratégie de l’AFD : transition énergétique et écologique (essentielle pour le climat) ; transition territoriale (les villes ET les campagnes) ; transition démographique (c’est la richesse de l’Afrique) ; transition numérique (un bien commun par excellence) ; transition politique et citoyenne (dans les situations de crise, pour des institutions solides, transparentes et inclusives). C’est notre feuille de route à l'AFD, la même que celle de notre grande sœur, la Caisse des Dépôts et Consignations.

Un mot sur la nouvelle image de l’AFD. Ces trois couleurs, ces deux cercles qui sont en mouvement et se rejoignent, que signifient-ils ?
Notre nouveau projet doit s'incarner dans une nouvelle identité visuelle.

Elle conserve deux marqueurs, fortement affirmés et qui fondent aujourd’hui et continueront à fonder demain notre identité. Premièrement, les trois lettres, A-F-D, claires et nettes, qui sont notre nom et notre signature. Nous sommes une agence active sur le terrain. Une banque et plus qu’une banque. Une banque pas comme les autres. Une banque des solutions. Et nous sommes fiers de cette identité. Ensuite, les trois couleurs, le bleu, le blanc, le rouge. Nous sommes l’opérateur de la politique de développement de la France. Et nous allons, demain plus encore qu’hier, nous ancrer dans le territoire français, pour projeter l’expertise et l’expérience de tous les acteurs du développement de notre pays, et pour irriguer nos territoires des innovations et des aspirations perçues dans nos pays d’intervention.

Notre nouvel emblème dit ce qui est nouveau dans notre projet. Ces anneaux représentent le monde, et reprennent la symbolique des ODD : le nouvel horizon planétaire pour trouver un équilibre durable entre la satisfaction des besoins de chacun et les limites de notre planète. Ils sont dans le mouvement, le passage d’un état à un autre, le fait que rien n’est figé et que nous pouvons influer sur les trajectoires de développement. Deux cercles, deux couleurs, d’égale taille et d’égale intensité, très exactement, se mêlent, co-construisent, échangent leurs expériences, dans les deux sens. L’échange se fait sur un pied d’égalité, entre le Nord et le Sud. Tel est notre nouveau mandat. Enfin, ces cercles convergent et s’unissent, pour marquer notre volonté de partenariat avec tous les acteurs du développement et notre alliance avec la Caisse des Dépôts et Consignations, dont le rouge légèrement orangé se mêle désormais à notre bleu.

Biographie

Conseiller maître à la Cour des comptes, Rémy Rioux a alterné, au cours de sa carrière, des responsabilités en France, d’une part, et au service du développement et de l'Afrique, d’autre part.

Au service de la politique économique et financière de notre pays, il a exercé des missions de contrôle dans les secteurs de l'énergie et de la défense à la Cour des comptes de 1997 à 2000 puis de 2002 à 2004. Au ministère de l'Intérieur de 2000 à 2002, auprès du ministre Daniel Vaillant, il a été en charge de la gestion du ministère et du passage à l'euro. À l'Agence des participations de l'État de 2007 à 2010, comme directeur de participations en charge des secteurs des transports et des médias, il a été administrateur de différentes entreprises (SNCF, RATP, ADP, Renault, France Télévisions, France Médias Monde, Arte, le Grand Port Maritime du Havre). Comme directeur de cabinet du ministre de l’Économie, des Finances et du Commerce extérieur, Pierre Moscovici de 2012 à 2014, il a participé à l'effort de redressement de la compétitivité de l'économie française, au rétablissement des comptes publics et au traitement de nombreux dossiers financiers et industriels (Bpifrance, Dexia, PSA-Dongfeng, STX, etc.).

Mais c’est l’Afrique et le développement qui servent de fil rouge à son parcours. S’il apprend à connaître ce continent lors d’un stage de l’ENA au Bénin en 1995 puis en militant pour la promotion de l’harmonisation du droit des affaires OHADA, c’est pour la direction du Trésor qu’il le sillonne à partir de 2004. Pour son premier poste, il suit notamment les affaires de la zone franc. Multipliant les allers-retours sur le continent, il parcourt pendant trois ans les quatorze pays qui la composent et bien d’autres pays africains. Il y noue des liens forts et une expertise reconnue des enjeux de développement. Sous-directeur des Affaires financières internationales et du Développement de 2010 à 2012, il contribue à résoudre la crise ivoirienne et à placer la question des infrastructures (Panel de haut niveau présidé par Tidjane Thiam) et du développement (création d’un groupe de travail permanent) à l'agenda international à l’occasion de la présidence française du G20. Auprès de Pierre Moscovici, il est à l'origine des travaux confiés à Hubert Vedrine, Lionel Zinsou, Jean-Michel Severino, Hakim El Karoui et Tidjane Thiam pour une redéfinition des relations économiques entre l'Afrique et la France (2013), et du rapport de Jacques Attali sur la francophonie économique (2014).

En 2014, il prend la direction du Quai d’Orsay, à la demande de Laurent Fabius, qui le nomme Secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères et du Développement international. Il y est le pilier de la politique de diplomatie économique impulsée par le ministre. Ce spécialiste des finances publiques contribue à la réforme des opérateurs et des instruments financiers au service du commerce extérieur, du tourisme et de l'attractivité du territoire. Le ministre, président de la COP21, lui demande également de coordonner, tout au long de l’année 2015 et jusqu’à la négociation finale de l’accord de Paris, l'agenda « finance » de la négociation climatique avec l’équipe de négociation française conduite par Laurence Tubiana. Outre les enjeux de finances publiques – comment atteindre les 100 milliards de dollars promis par la communauté internationale ? – et de finances privées – comment réorienter l’ensemble des acteurs des marchés financiers vers des investissements bas-carbone ? –, il met un accent particulier sur le déploiement accéléré des énergies renouvelables en Afrique, pour lesquels une initiative est lancée lors de la COP21 au Bourget.

Fin connaisseur des institutions financières internationales et en particulier des banques de développement, Rémy Rioux est familier de l’AFD, dont il a été administrateur de 2010 à 2012, après avoir siégé au conseil d’administration de Proparco, sa filiale dédiée au secteur privé, de 2004 à 2007. Il a été chargé, en septembre 2015, par le président de la République, d’une mission de préfiguration de la réforme qui permettra de rapprocher l’AFD de la Caisse des Dépôts.

Historien de formation, normalien, Rémy Rioux, 46 ans, marié et père de trois enfants, est connu pour être un homme de dialogue. Il est très attaché au Massif central – la Lozère et surtout la Corrèze, berceau de sa famille – où il aime se retirer pour lire, faire du sport et se promener en forêt autour du hameau de Theillet, sur le plateau qui surplombe la ville de Tulle et étend ses bois jusqu’à la vallée de la Dordogne.

Sa connaissance des institutions et des entreprises françaises, sa passion pour les questions de développement et de climat, ainsi que sa proximité avec l'Afrique, sont autant d’atouts pour relever les défis de l’AFD. Celle-ci va connaître une hausse de 50 % de ses financements d’ici à 2020, en faveur d’un monde plus juste et plus durable, au bénéfice de tous. Avec plus de la moitié de ses financements à l’étranger en faveur du climat, l’Agence est devenue ces dernières années un acteur clef de la lutte contre les dérèglements climatiques.

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